Le PER en bourse : Définition, interprétation et limites

Le ratio PER (Price Earning Ratio) est un des ratios les plus utilisés par les investisseurs en bourse. Il est pour certains, un outil de valorisation, pour d’autres un outil de sélection et pour tous ceux qui s’intéressent à la bourse, un repère très utile. Nous vous proposons cet article pour mieux appréhender les subtilités du ratio PER.

Définition du ratio PER, l’un des plus importants en bourse :

Le ratio PER est en réalité relativement simple. Il s’agit du rapport entre le cours d’une action et le bénéfice net par action dégagé par l’entreprise. Il peut donc être calculé annuellement, trimestriellement (PER glissant), ou encore, de manière prévisionnelle.

– Le PER est un multiple, il nous indique donc  le nombre d’années à bénéfices constants que devraient engranger l’entreprise pour rembourser le prix actuel de l’action. Exemple : un PER de 25 indique qu’il faudra 25 ans de bénéfices constants pour générer un bénéfice total équivalent au cours de l’action actuelle.

Formule du PER :

PER = cours de l’action / Bénéfice net par action

Bon à savoir :

– Le trailing PER est le ratio du PER calculé sur la base du bénéfice net par action des 12 derniers mois.
– Le forward PER est le ratio basé sur les bénéfices par action des 12 prochains mois.

Interprétation du ratio PER :

Le rapport entre le cours de l’action et le bénéfice net par action nous donne beaucoup d’informations.

– Ce ratio nous permet d’abord, d’avoir une idée de la perception qu’a le marché de l’entreprise : son niveau nous permet d’avoir une idée du niveau du prix qu’applique le marché à une entreprise par rapport à ses derniers résultats réalisés. En France (CAC40), le ratio du PER  moyen oscille généralement entre 15 et 20. Voici une grille de lecture pour faciliter la tâche des plus novices de nos lecteurs :

PERInterprétation
> 25Elevé
Entre 20 et 25Relativement élevé
Entre 15 et 20Moyen
Entre 10 et 15 Relativement bas
< 10 Bas

Un PER haut indique que le cours de l’action est relativement élevé par rapport aux bénéfices nets engrangés par l’entreprise durant le dernier exercice. Cela indique donc que le marché anticipe une croissance et, par conséquent, une hausse des bénéfices que réalisera la société à l’avenir. A l’inverse, un PER bas indique que le marché voit en cette société, une entreprise à croissance lente.

– L’évolution de ce ratio dans le passé peut nous donner de précieuses informations sur l’évolution de cette perception du marché par rapport aux réalisations de l’entreprises : Les PER passés permettent aussi d’avoir un regard rétrospectif sur la perception qu’avaient les investisseurs sur la société analysée. Il peut être intéressant de voir son évolution sur les 5 dernières années (au moins).

L’inverse du PER : le taux de rendement :

 – L’inverse du PER nous indique le taux de rendement attendu par les actionnaires en l’état actuel du cours et des bénéfices réalisés. 

Taux de rendement = 1 / PER

Exemple : Pour une société dont le PER est égal à 8, le taux de rendement attendu par rapport à un bénéfice stable dans le temps serait égal à 12,5% par an.

L’inverse du PER est intéressant pour comparer la valorisation de l’entreprise avec, par exemple, le taux sans risque.

Pour les actions de croissance, ce type de raisonnement peut induire en erreur. Nous détaillerons ce point dans les limites du PER.

Utilité du PER en bourse :

1) Un outil de valorisation financière :

Certains investisseurs utilisent ce ratio comme multiple de valorisation.

La valorisation par les multiples consiste à valoriser une société par des multiples appliqués à des agrégats de référence (CA, EBITDA, EBIT, Résultat net etc.) et observés sur des entreprises cotées et/ou sur des transactions récentes, que l’on considère comme étant comparables à la société qui fait l’objet d’une valorisation. Le PER, fait partie de cette catégorie. Lorsque l’on sélectionne un échantillon d’entreprises que l’on estime être comparables à celle que nous tentons de valoriser, nous pouvons appliquer la moyenne (ou la médiane) des PER de cet échantillon à l’entreprise ciblée. Il suffit ainsi, de multiplier le bénéfice net dégagé par l’entreprise ciblée, par ce PER moyen pour la valoriser.

Attention toutefois, cette méthode concentre plusieurs points faibles à garder en tête : elle suppose qu’il est possible de comparer des entreprises entre elles. Le principal risque est lié au fait que chaque entreprise a ses spécificités (position concurrentielle, marché géographique, niveau des marges, taux de croissance etc.). Ces spécificités peuvent fausser l’évaluation sur base de la méthode des comparables. La méthode est donc simplificatrice et peut conduire à une valorisation erronée dans certains cas.

2) Un outil de sélection :

Le ratio PER peut permettre à la fois de valoriser une entreprise et surtout, de comparer les prix de plusieurs d’entre elles dans une logique de sélection.

Les adeptes de l’investissement value (investissement dans la valeur), utilisent le PER comme un de leurs critères de sélection. Le socle méthodologique de l’investissement dans la valeur repose sur le principe de déceler un écart suffisamment important entre la valeur intrinsèque d’une société et le prix que propose le marché pour ses titres. Il apparaît donc naturel que le terrain de chasse le plus fertile pour les adeptes de cette approche réside dans les entreprises dont les PER sont estimés comme étant faibles.

Benjamin Graham, père de l’investissement dans la valeur, préconise de choisir uniquement des entreprises dont le PER sur la dernière année ne dépasse pas les 20, et dont la moyenne des 10 dernières années ne dépasse pas les 25. Cette recommandation a pour logique de permettre d’éviter aux investisseurs d’acheter des actions trop chères.

A l’inverse, les investisseurs adeptes de l’investissement Growth (croissance), ont un regard totalement différent sur le PER. Ils considèrent qu’un PER haut n’indique pas forcément que l’entreprise est « trop » chère.

Selon Phil Fisher, investisseur Growth de légende, plusieurs investisseurs pourtant expérimentés, ratent de nombreuses opportunités à cause de ce préjugé, qui n’est pas systématiquement vrai. Certains investisseurs estiment, en effet, qu’un PER dépassant une certaine valeur prouve que le potentiel de croissance a déjà été pleinement intégré au cours et qu’une fois que ce potentiel de croissance sera atteint, les cours baisseront. Ce n’est pas forcément le cas… Car cela va dépendre de leur potentiel de croissance dans la durée.

Dans cette optique, un autre investisseur légendaire, Peter Lynch, a introduit un autre ratio utilisant le PER et permettant de mieux l’apprivoiser pour les cas d’entreprises de croissance : le PEG (Price Earnings to Growth). Son calcul est simple : il s’agit du rapport entre le PER et le taux de croissance annuel estimé des bénéfices.

PEG = PER / Taux de croissance annuel estimé des bénéfices

Exemple : Prenons le cas d’une entreprise dont le PER s’établit à 20. Si l’on estime que le taux de croissance annuel de ses bénéfices est de l’ordre de 25%, alors son PEG s’établira à : 20 / 25 = 0,8.

Pour Peter Lynch si le PEG ressort à une valeur inférieure à 1, le prix de l’action peut être perçu comme intéressant. En revanche, si le PEG est supérieur à 1, le marché délivre dans ce cas, un prix relativement élevé par rapport au potentiel de croissance réel.

Les limites du PER en bourse :

Même s’il peut donner de nombreuses informations, nous ne pouvons utiliser ce ratio comme référence absolue. On ne doit jamais s’arrêter à ce seul indicateur. Voici quelques limites évidentes  :

– Un PER haut n’indique pas forcément que l’entreprise est « trop » chère : comme explicité plus haut dans l’article, certaines valeurs de croissance peuvent avoir un PER jugé dans l’absolu comme étant haut mais qui n’intègre pourtant pas pleinement le potentiel de croissance de l’entreprise.

– Un PER bas n’indique pas forcément que l’entreprise est bon marché : même si le marché peut parfois être irrationnel, il est souvent et sur le long terme, tout à fait efficient. Un ratio bas n’est pas forcément synonyme d’opportunité. Il existe en effet, des « value trap » auxquelles tout investisseur doit faire attention. Ces « value trap » sont des actions qui apparaissent comme fortement dépréciées du fait notamment d’un PER faible et qui sont perçues, à tort, comme des opportunités d’investissement “value“. Certaines entreprises de ce type ne sont pourtant pas sous-évaluées par le marché. Ce dernier les « price » correctement et leurs bénéfices futurs seront encore plus faibles que le bénéfice par action retenu dans le calcul.

– Le détail du calcul du PER peut présenter des biais : les deux éléments qui composent son calcul à savoir i) le bénéfice net par action et ii) le cours de l’action peuvent présenter des biais.

  1. i) Le PER retient le bénéfice net par action. Celui-ci est basé sur une vision purement comptable. Les faiblesses de l’agrégat « résultat net comptable » sont évidentes : il peut, par exemple, comporter des provisions qui le baissent artificiellement ou des reprises de provisions qui le gonflent tout aussi artificiellement, ou encore, des éléments exceptionnels ponctuels qui faussent l’analyse. Les flux de trésorerie futurs que l’on doit prendre en compte dans le calcul d’un ratio tel que le PER, doivent être estimés de manière à traduire, le plus fidèlement possible, ce que l’actionnaire est susceptible de toucher réellement. C’est pourquoi certains investisseurs retraitent le bénéfice net par action retenu dans le calcul du PER.
  2. ii) Le cours de l’action, que l’on retient comme référence du calcul du PER, n’intègre pas d’éléments bilanciels pourtant importants comme l’endettement et la trésorerie nette de l’entreprise.

 

Pour pallier ces deux faiblesses, certains investisseurs préfèrent l’utilisation du ratio suivant : VE/EBIT

Conclusion

Même si le PER présente certaines limites, il s’agit tout de même d’un ratio important à analyser de manière intelligente et prudente. Correctement retraité, il peut constituer un excellent outil comparatif. Il peut également constituer un bon repère pour essayer d’évaluer le niveau global des valorisations effectuées par le marché.  L’article suivant est particulièrement intéressant pour vous aider à mieux comprendre comment jauger ces niveaux de manière plus fidèle. Il a en plus été publié en février 2020, juste avant le krach du Covid-19.

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