jacques veyrat, le serial entrepreneur

Pour ce 4ème et dernier opus de notre saga des dirigeants de légende, nous choisissons d’opérer un grand écart par rapport à nos précédents épisodes. Nous passons des Etats-Unis à la France et du XXème siècle au XXIème. Si vous avez suivi notre saga, vous aurez sans doute compris que sa ligne directrice était de vous présenter un certain nombre de dirigeants qui ont brillé par la forte valeur qu’ils ont réussi à créer durant leurs mandats, mais qui pourtant, demeurent relativement méconnus du grand public. Jacques Veyrat appartient pleinement à cette catégorie. L’histoire d’un golden boy qui, après un épisode douloureux, devient outsider et rebondit de la plus brillante des manières. L’histoire d’un polytechnicien promis aux plus hauts postes des groupes du CAC 40 mais qui choisit la voie de l’investisseur-entrepreneur

« Pourquoi tombons-nous Bruce ? Pour apprendre à mieux nous relever. » Cette réplique de la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan prend tout son sens avec le parcours hors du commun de l’outsider Jacques Veyrat. Lorsque l’on sonde la majorité des français sur les premiers noms de dirigeants d’entreprise auxquels ils pensent, très peu vous répondront Jacques Veyrat. Il a pourtant réussi à développer en à peine 9 ans, une holding personnelle (IMPALA SAS), qui pèse aujourd’hui près de 2 Milliards d’euros avec comme point de départ, une enveloppe estimée à 200 millions d’euros. 

Les débuts

Après avoir débuté sa carrière dans la haute fonction publique, l’ingénieur X-Ponts qu’il est, intégra Louis-Dreyfus Armateurs en 1995. Il en devint Directeur Général à peine 2 ans plus tard. Il parvint rapidement à élargir considérablement les activités de l’entreprise, en lançant notamment le projet ambitieux de constitution du réseau en fibre optique le long des voies fluviales françaises. Ingénieux… Il parvint ainsi à construire un réseau national rival du géant France Télécom à moindre frais et en un temps record. La filiale du groupe Louis-Dreyfus qu’il contribua à créer pour cet objectif, LDCom, devint en 2004 Neuf Télécom. Une année plus tard, Neuf Télécom et Cegetel s’engagèrent dans un processus de fusion. Veyrat avait conduit par la suite, une série de rachats de sociétés bradées et parvint ainsi, grâce à ces rachats et à la fusion qu’il avait menée, à construire ce qui deviendra le numéro 2 français des télécommunications. Il avait par la suite, conduit l’introduction en bourse du groupe Neuf Cegetel en 2006. Le flair de Jacques Veyrat et son sens des affaires ne s’arrêta pas là. Lorsque le secteur des télécoms débuta sa consolidation et que les acteurs du mobile et de l’ADSL commencèrent à se regrouper, c’est lui qui réussit à convaincre en 2007 SFR, déjà actionnaire, de racheter Neuf pour une valorisation record de 7,7 milliards d’euros. Une opération qui a fait plus d’un heureux, notamment Patrick Drahi (Altice) et Xavier Niel (Free), soulagés de voir un concurrent aussi encombrant sortir du marché *.

Source : Drahi, l’ogre des networks

Relation avec Robert Louis-Dreyfus

Jacques Veyrat voyait en Robert Louis Dreyfus un véritable mentor. Robert Louis-Dreyfus voyait en Jacques Veyrat le plus loyal et fidèle lieutenant. Le patriarche avait préparé le terrain pour que son fidèle bras droit puisse lui succéder après son départ : Jacques Veyrat fut nommé président de Louis-Dreyfus SAS en 2008 et 5% de la société lui avaient été dotés en intéressement. C’est à cette période qu’il commença à s’intéresser au secteur de l’énergie et au Venture Capital. Le groupe investit dans Direct Energie, la société de gestion de crédit aux entreprises Eiffel ainsi que dans une « petite » start-up, filiale 100% énergies renouvelables de Direct Energie, nommée NEOEN. Le portefeuille du groupe Louis-Dreyfus se développa et se diversifia considérablement sous la présidence de Jacques Veyrat, jusqu’au décès du patron historique à l’été 2009.

Le coup d’arrêt

Le décès du mentor Robert-Louis Dreyfus, n’a pas été qu’un épisode émotionnellement difficile pour Jacques Veyrat. Il a également brisé son irrésistible ascension professionnelle. L’héritière Margarita Louis-Dreyfus, veuve de Robert Louis-Dreyfus, qui n’avait initialement aucun contrôle direct sur le management des opérations, ne souhaita pas se contenter de son rôle d’héritière et ses relations avec Veyrat se dégradèrent rapidement et considérablement. Une lutte de pouvoir pour le contrôle du groupe s’était en effet enclenchée et Jacques Veyrat finit par jeter l’éponge en 2011 et quitta le groupe qu’il a aidé à développer et auquel il avait consacré 16 ans de sa carrière. Les proches de Jacques Veyrat décrivent cet épisode comme ayant été très douloureux pour lui. Mais à la fin de cette longue bataille « perdue », il ne sortit pas les mains vides… Il parvint à échanger ses stocks options contre les participations dans lesquelles le groupe avait investi ces derniers temps sous son égide, principalement Direct Energie, Eiffel et NEOEN. Et il comprit surtout, que l’indépendance et la liberté n’avaient pas de prix. Lorsqu’il créa sa holding IMPALA SAS en 2011, personne ne mesurait l’importance du potentiel de son portefeuille. Direct Energie, principale participation, cumulait en effet les pertes… Le nom de la holding choisi par Veyrat était pourtant évocateur d’une belle promesse : l’impala est une antilope, athlétique, gracieuse, réputée pour sa vitesse et son agilité à bondir. Son ouïe et son odorat sont complétés par une vue excellente… 

La voie de l’investisseur-entrepreneur

Malgré les nombreuses propositions de poste de PDG qu’il reçut par la suite, Jacques Veyrat fit le choix de la voie de l’investisseur-entrepreneur. Il se consacra à développer le portefeuille de sa holding et parvint à réaliser des coups magistraux. Le premier est celui de Direct Energie. Alors que le groupe cumule les pertes et atteint les -150 millions d’euros de pertes cumulées, il parvint grâce au million de clients que comptait Direct Energie à revendre la société à Total, gourmand en acquisition sur le marché de l’électricité. En juillet 2018, Total racheta Direct Energie pour 1,9 milliards d’euros, la participation d’IMPALA s’élevait à 630 millions d’euros dans cette opération.

Jacques Veyrat céda Direct Energie mais avait un tout autre projet pour la participation star de son portefeuille : NEOEN. Lorsque beaucoup d’investisseurs voyait les énergies renouvelables comme étant une mode sans avenir, Veyrat lui, comprit qu’il avait entre ses mains une potentielle licorne. Des fonds ont d’abord été levés auprès d’acteurs majeurs du Private Equity et NEOEN se développa d’année en année. L’entreprise était d’abord très présente dans le secteur de l’éolien, mais Veyrat a tout de suite flairé le potentiel du solaire. La combinaison des deux technologies et un développement en France et à l’international maitrisé, ont propulsé NEOEN au rang de premier producteur indépendant d’énergies renouvelables français, aujourd’hui leader en Australie. Après son introduction en bourse en 2018, IMPALA conserve toujours plus de 50% du capital de cette licorne « verte » valorisée au moment où l’on écrit ces lignes à plus de 3,5 milliards d’euros.

Toujours dans le secteur de l’énergie, IMPALA est entré en 2018 au capital d’Albioma. La holding détient aujourd’hui près de 6% du capital. La part acquise par la holding de Veyrat s’évaluait à près de 32 millions d’euros au moment de l’acquisition, sa valeur a doublé en 2 ans…

Veyrat ne cherche pas à se spécialiser dans le secteur de l’énergie. C’est un touche-à-tout. Un éleveur de licornes. Il a cependant un penchant pour les activités fortement réglementées tels que les télécoms, l’énergie ou encore Arjo Systems (solutions pour cartes d’identités électroniques (eID) et pour passeports électroniques (ePassport), vendue en 2015 à son concurrent américain). Ces activités offrent de fortes barrières à l’entrée. Veyrat pourrait alors se concentrer sur l’efficacité opérationnelle et hisser ses activités en leaders.

D’autres potentielles pépites, de plus petites tailles, ornent également le portefeuille de sa holding. Nous citerons P&B Group, un acteur en forte croissance sur le marché de la sous-traitance cosmétique, pharmaceutique et des dispositifs médicaux.


La performance de Jacques Veyrat depuis le lancement de sa holding en 2011 est tout simplement phénoménale. Selon le magazine Challenges, sa fortune serait passée de 269 M€ en 2013 à 2 000 M€ en 2020, soit un rendement annuel composé de 33,17% par an sur les 7 dernières années.

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